29/05/2026

Numérique : les salaires continuent-ils à grimper en France ?

Le secteur du numérique en France a longtemps été associé à des hausses salariales importantes, portées par la forte demande de profils techniques et l’évolution rapide des technologies. Pourtant, la situation actuelle révèle des dynamiques contrastées :
  • Les salaires du numérique restent élevés par rapport à la moyenne nationale, mais la hausse généralisée ralentit.
  • Certains métiers, en particulier les spécialistes de la cybersécurité et les data scientists, continuent d’être très recherchés et mieux rémunérés.
  • L’inflation et le ralentissement du marché IT en 2023-2024 influencent la progression des rémunérations, avec une stagnation constatée pour certains profils généralistes.
  • Des écarts forts subsistent selon la localisation, l’expérience, la spécialisation et la taille de l’entreprise.
  • Les tensions au recrutement demeurent dans certaines expertises, mais la volatilité du marché aboutit à des disparités croissantes.
Cette analyse factuelle permet de replacer l’évolution des salaires numériques dans le contexte réel de l’emploi en France.

Panorama des salaires du numérique en 2024 : des niveaux toujours élevés mais des hausses plus sélectives

Le numérique comprend une vaste palette de métiers, du développement logiciel à la cybersécurité, en passant par la gestion de projet, l’analyse de données ou encore le cloud computing. L’étude de référence du cabinet Robert Half (Baromètre 2024) indique des salaires médians supérieurs à la moyenne nationale :

  • Un développeur backend (2 à 5 ans d’expérience) gagne entre 39 000 € et 46 000 € bruts annuels, avec des écarts marqués selon la région (jusqu’à +20 % à Paris et en Ile-de-France).
  • Les spécialistes en cybersécurité (5 ans et plus) atteignent en moyenne 55 000 € à 70 000 €, salaire qui a progressé de près de 10 % en trois ans (source : Apec).
  • Le métier de data scientist affiche des niveaux de rémunération compris entre 45 000 € et 70 000 € (après 2 à 5 ans d’expérience).
  • Un administrateur systèmes et réseaux s’inscrit dans une fourchette de 36 000 € à 43 000 €, avec une progression faible sur 2023-2024.
  • Les chefs de projet IT affichent une grande variabilité, de 40 000 € à 65 000 €, selon le secteur et la taille de l'organisation.

Si le niveau de rémunération reste globalement élevé, la dynamique de hausse observée entre 2016 et 2021 tend à s’essouffler dans plusieurs métiers, à l’exception notable de niches à forte tension (cybersécurité, cloud, IA, data).

Facteurs expliquant la progression (ou la stagnation) des salaires IT

Pour comprendre la trajectoire des salaires, il convient d’analyser les principaux moteurs et freins, à la lumière des études récentes (Cadremploi, Apec, Hays).

  • Pénurie persistante de compétences : Malgré la multiplication des formations (écoles du numérique, bootcamps, reconversions), nombre de profils très techniques restent rares, d’où des salaires élevés pour les data engineers, spécialistes cloud, security officers.
  • Fléchissement de la demande sur certains profils : L’accalmie des levées de fonds dans les start-up (Challenges), et la prudence des grandes entreprises sur les budgets IT en 2023-2024, engendrent une pression à la baisse sur des postes comme développeur fullstack ou chef de projet junior hors expertises rares.
  • Effet de l’inflation : Même si l’augmentation moyenne sur les salaires du numérique s’élève encore à 3 à 4 % dans certains segments, elle ne compense pas toujours la hausse du coût de la vie, ce qui rend la progression “ressentie” inférieure à la réalité nominale (source : INSEE).
  • Distorsion Paris/Province : L’écart de salaire entre Paris et les grandes métropoles régionales (Lyon, Toulouse, Nantes) reste significatif : de 10 à 35 % selon le métier (source : Hays, Robert Half).
  • Poids de l’expérience : Les juniors restent sur des salaires d’entrée stables, la progression intervient surtout avec la spécialisation ou la gestion d’équipes/projets. Les profils “senior+” (plus de 8 ans d’expérience) restent les seuls à négocier de fortes hausses.

Zoom sur les évolutions selon les principaux métiers du numérique

Évolution des salaires annuels bruts moyens par métier-clé du numérique (2022/2023/2024)
Métier 2022 2023 2024 (p.) Tendance
Développeur Back-end 38 000 € 40 000 € 41 000 € +2-3 % / an
Ingénieur Cybersécurité 52 000 € 58 000 € 62 000 € +6-7 % / an
Data Scientist 46 000 € 50 000 € 54 000 € +6-8 % / an
Chef de projet IT 44 000 € 46 000 € 47 000 € stable
Administrateur Systèmes 37 000 € 38 000 € 38 500 € stable
Développeur Front-end 37 000 € 38 000 € 38 500 € stable

On observe que seuls les métiers de la cybersécurité et de la data tirent nettement leur épingle du jeu. Pour d’autres familles, la hausse du salaire ralentit, et il existe même des cas de stagnation sur certains profils d’entrée de gamme ou polyvalents.

Les écarts de rémunération selon l’expérience, la localisation et la taille d’entreprise

Les disparités internes au secteur numérique s’accentuent :

  • Localisation : En région, les salaires sont en moyenne 20 % à 35 % inférieurs à ceux de la région parisienne, mais cet écart s’amenuise légèrement avec l’essor du télétravail pour certaines expertises transverses.
  • Taille de l’entreprise : Les grandes entreprises et ESN (Entreprises de Services du Numérique), souvent capables de proposer des salaires attractifs, maintiennent l’alignement sur les hausses observées. Les PME sont moins compétitives sur les rémunérations, mais compensent par d’autres leviers (flexibilité, télétravail, formation).
  • Expérience : Les progressions salariales les plus marquées interviennent lors du passage de “junior” (moins de 3 ans d’expérience) à “confirmé” (3-8 ans) et lors de l’accès à des postes à responsabilité (lead technique, CTO, expert fonctionnel).

Certains postes restent aussi soumis à des grilles salariales conventionnelles (notamment dans les grandes entreprises), modérant les écarts. L’écosystème start-up tend à lisser ses exigences après les records de 2021-2022, face à la raréfaction des levées de fonds et la rationalisation des budgets.

Vers une nouvelle donne : quelles perspectives pour 2024 et au-delà ?

Les cabinets de recrutement relèvent tous un ralentissement de la hausse des salaires généraux dans le numérique depuis début 2023. Plusieurs facteurs structurels s’imposent :

  • La conjoncture économique pèse sur les créations de postes hors niches stratégiques (cloud, IA, cybersécurité).
  • Les attentes salariales des candidats demeurent fortes, mais le rapport de force s’équilibre pour les profils généralistes.
  • La spécialisation technique, la formation continue, et la mobilité géographique restent les trois leviers clé pour accéder aux postes les mieux rémunérés.
  • Les entreprises misent de plus en plus sur des dispositifs non salariaux : télétravail étendu, participation, formations certifiantes, CSE étendu.

Des signaux précis confirment que les fonctions informatiques support, le développement “classique”, ou la gestion de services IT voient la hausse des salaires marquer le pas, alors que les expertises “pénuriques” (devSecOps, cloud architect, ingénierie IA, spécialistes privacy, etc.) conservent un fort pouvoir de négociation.

La pression à la hausse ne disparaît donc pas, mais elle n’est plus systématique ni homogène : la complexité du marché s’accentue.

Pour aller plus loin : choisir et négocier dans un contexte évolutif

Pour les candidats, l’analyse des évolutions salariales doit inciter à un positionnement précis sur le marché :

  • La maîtrise d’expertises recherchées (data, sécurité, cloud) reste le meilleur gage d’évolution.
  • La curiosité technologique, l’aptitude à la transversalité (métiers RH, DAF, DSI) et le suivi des innovations rendent un profil durablement attractif.
  • Côté employeurs, la fidélisation des équipes techniques se joue désormais autant sur l’environnement de travail que sur la seule rémunération brute.

En résumé, le “bonus salarial automatique” dans le numérique n’est plus une garantie pour l’ensemble des professionnels. Le marché entre dans une phase de maturité et de sélectivité accrue. Comprendre ces mouvements est un atout pour anticiper les évolutions du secteur et adapter ses choix professionnels.

Sources principales : Robert Half, Hays, Apec, Cadremploi, INSEE, Challenges, Les Échos

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