Les données les plus récentes confirment que le recours aux contrats courts (notamment les CDD de moins d’un mois et les missions d’intérim) s’établit désormais à un niveau historiquement élevé en France. Selon la Dares (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques du ministère du Travail), la part des CDD et intérims dans les nouvelles embauches approche 85 % en 2023, alors qu’elle se situait autour de 70 % il y a vingt ans (source : Dares, Tableaux de l’économie française 2023).
Cette tendance, amorcée autour des années 2000, s’est accentuée après la crise financière de 2008 et ne s’est pas inversée malgré la reprise de l’emploi observée à partir de 2016-2017. On note également une forte croissance des contrats très courts, inférieurs à une semaine, particulièrement dans le secteur des services marchands et logistiques.
Le terme “contrat court” regroupe différents statuts, dont les principaux sont :
Les chiffres offrent un éclairage précis sur la portée du phénomène :
| Année | Part des embauches en CDD/intérim (%) | Durée moyenne du CDD (jours) | Secteurs les plus concernés |
|---|---|---|---|
| 2000 | 71 | 60 | Hôtellerie-restauration, agriculture |
| 2010 | 80 | 46 | Commerce, logistique |
| 2023 | 85 | 34 | Services, intérim, commerce |
(Source : Dares, Insee, rapport “Les contrats de travail en France à l’épreuve de la crise”, Terra Nova 2023)
L’augmentation du recours aux contrats courts s’explique par un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels :
Si la progression des contrats courts est généralisée, elle affecte différemment les catégories de la population active.
Le recours répété à des contrats temporaires pose plusieurs enjeux majeurs :
Il serait réducteur de limiter la réflexion à la précarisation des salariés. Utiliser des contrats courts offre aussi des avantages stratégiques pour les recruteurs, avec des contreparties :
Face à la diffusion des contrats courts, plusieurs réformes ont été tentées ou débattues en France :
Les projections économiques convergent sur un point : sauf transformation radicale du marché du travail (automatisation massive, mutation profonde des protections sociales, rareté structurelle de la main-d’œuvre), les contrats courts devraient conserver un rôle prépondérant dans le dynamisme de l’emploi, spécialement sur les fonctions d’exécution ou de saison. D’après la Dares, seuls 30 % environ des contrats courts débouchent sur un CDI dans l’année suivant leur signature. Cette “périodicité” s’inscrit dans une logique d’essai, mais aussi dans une segmentation structurelle du marché du travail français :
Dans le contexte d’un marché du travail en tension et en recomposition, comprendre la progression des contrats courts reste un point d’appui essentiel pour décider – que l’on soit en recherche d’emploi, en réflexion sur une mobilité ou recruteur. Agir sur ce phénomène implique :
À l’avenir, la tendance aux contrats courts pourrait s’infléchir sous l’effet d’une pénurie accrue de candidats dans certains secteur, forçant les entreprises à fidéliser davantage. Mais la demande structurelle de flexibilité persiste, levier à la fois d’agilité économique et de complexité sociale. Dans ce paysage mouvant, voir clair sur la réalité des contrats courts permet de mieux maîtriser ses choix professionnels ou de recrutement.
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