Le cumul d’activités n’est plus une exception. Selon l’INSEE, en 2023, près de 2,8 millions d’actifs cumulent au moins deux emplois ou activités professionnelles distinctes, soit 9,5 % des personnes en emploi (INSEE). La proportion a presque doublé en dix ans. Les contours de ce cumul sont variés :
Une partie importante de ces pluriactifs travaille dans des secteurs soumis à des variations d’activité ou offrant des opportunités de missions courtes (enseignement, santé, services à la personne, culture…), mais le phénomène touche désormais tous les domaines.
Les causes sont multiples et se combinent, entre pressions économiques, transformations du travail et aspirations individuelles. Voici les principaux moteurs du cumul d’activités aujourd’hui :
L’une des raisons les plus fréquemment citées par les pluriactifs est la nécessité ou la volonté d’améliorer leur situation financière. Le salaire horaire médian stagne, tandis que le coût de la vie est en nette hausse depuis la crise de 2022-2023. Selon le baromètre Syndex 2023, 35 % des pluriactifs évoquent la nécessité de compléter leur revenu principal pour faire face aux dépenses courantes (Syndex).
La multiplication des contrats à durée déterminée (CDD), des temps partiels subis ou choisis, et le développement de l’intérim occasionnent une instabilité professionnelle, poussant de nombreux salariés à cumuler pour “lisser” leurs revenus sur l’année. Ce phénomène touche fortement les femmes (davantage exposées au temps partiel), et les jeunes actifs.
Le lancement du statut d’auto-entrepreneur en 2009 a facilité la possibilité de cumuler un emploi salarié et une activité indépendante, sans lourdeur administrative et avec un risque limité. Par ailleurs, la digitalisation du travail a permis l’émergence de micro-activités accessibles à côté d’un emploi (vente, formation, missions freelance, plateformes de services). En 2022, près de 800 000 auto-entrepreneurs exerçaient une activité secondaire (AFE).
Le rapport au travail change : pour beaucoup, cumuler permet non seulement d’augmenter ses revenus, mais aussi de diversifier ses compétences, se tester dans de nouveaux domaines ou concrétiser une passion. 25 % des pluriactifs motivent leur choix avant tout par la volonté de développer une compétence ou un projet personnel (source : INSEE, 2022).
La pluriactivité ne concerne plus seulement les professions habituellement “multicasquettes” (agriculteurs, artisans, intermittents du spectacle…). Le profil type évolue :
Notons également une montée en puissance du cumul dans les “métiers de contact” (aide à domicile, animation, soutien scolaire), où le temps partiel est courant, ainsi que dans les métiers en tension (santé, restauration…).
Pour les employeurs, le cumul d’activités pose de nouveaux enjeux : gestion des risques d’absentéisme ou de fatigue, difficulté à engager les salariés sur le long terme, maîtrise des clauses contractuelles (exclusivité, secret professionnel…).
Des entreprises renoncent désormais de plus en plus souvent à imposer des clauses d’exclusivité, notamment dans les secteurs en tension, afin d’attirer ou retenir certains profils (aide-soignant, IT, ouvriers qualifiés…), comme l’indiquent les enquêtes nationales DARES 2023. Cette “souplesse” organisationnelle peut aussi être un argument de marque employeur.
Sur le plan collectif, la montée de la pluriactivité conduit à réinterroger la place du CDI, la notion de stabilité professionnelle et les dispositifs sociaux (assurance chômage, droit à la formation continue) pour mieux les adapter à ces trajectoires de plus en plus “fragmentées”.
Certains secteurs se distinguent particulièrement par la part de pluriactifs. Ce tableau synthétise les domaines concernés et le type de cumul le plus fréquent.
| Secteur concerné | Exemples d’activités cumulées | Forme la plus courante |
|---|---|---|
| Santé, social | Infirmier salarié + missions d’intérim; aide-soignant à temps partiel + services à la personne | Salariat/Salariat (multi-employeurs), Salariat/auto-entrepreneur |
| Numérique, informatique | CDI développeur + missions freelance; salarié IT + activité formation en ligne | Salariat/auto-entrepreneur |
| Éducation, enseignement | Enseignant titulaire + soutien scolaire, ateliers périscolaires | Salariat/Salariat ; Salariat/indépendant |
| Restauration, hôtellerie | Barman + missions intérim événementiel; serveur + livraison à domicile | Multi-salariat, missions temporaires |
| Culture, création | Musicien + chargé de projet; photographe + salarié boutique | Salariat/auto-entrepreneur ; multi-statuts |
Le développement du cumul d’activités en France s’inscrit dans une mutation du travail et des carrières qui implique une adaptation continue des dispositifs sociaux et des pratiques managériales.
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